« La psychologie ferait mieux de recourir directement à la littérature plutôt que de l’utiliser sans le savoir. La littérature s’est montrée bien disposée envers nous, reprenant ouvertement beaucoup de données psychanalytiques. Ceux qui font de la littérature voient la psychologie présente dans la fiction ».

James Hillman, La fiction qui soigne. Trad. de l’anglais par Elise Argaud. Paris : Ed. Payot & Rivages, 2005.

Comprendre

Peinture

Un cheminement émotionnel

#médiation #émotion #expression

La médiation relationnelle et thérapeutique par les textes littéraires est une méthode d’exploration du monde intérieur, du mode personnel de la relation à autrui et de connaissance de soi. Elle permet à la personne d’exprimer son vécu émotionnel autrement que dans un langage psychologisant dépouillé de coloration affective.

Un médiateur : le texte littéraire inducteur d’émotions

Se transformer, c’est passer d’un état à un autre, appelé d’un texte à l’autre, vivre la transformation d’une émotion en une pensée où s’origine notre action. Les textes médiateurs illustrent les multiples situations de vie traversées par les êtres de langage que nous sommes à tous âges et proposent des voies inédites pour les revisiter. Par leur dimension symbolique, ils stimulent le questionnement et le renouveau du sens, provoquent le retour critique sur soi-même, accompagnent l’élaboration d’un nouveau projet de vie et d’un projet professionnel, les étapes d’une transformation. L’accompagnement par les textes littéraires est vécu comme un voyage intérieur avec des étapes révélatrices, des découvertes culturelles, des pauses ludiques.

Un itinéraire personnel où collaborent d’autres fictions

Notre but est de mettre en œuvre un itinéraire personnel en faisant collaborer d’autres fictions capables d’engendrer des schèmes imaginaires signifiants et de libérer notre histoire personnelle d’un récit figé. Le mode fictionnel assouplit nos représentations et nous aide à rompre avec la répétition d’un scénario et d’une logique qui font apparaître notre parcours comme inéluctable. Le cheminement par les textes nous confronte à un moment donné avec cette interprétation subjective qui nous empêche d’avancer. Grâce à la richesse et diversité des styles littéraires, des connections nouvelles s’établissent avec le passé et ex-posent notre histoire sous une perspective nouvelle dont nous prenons conscience.

Un faire thérapeutique : lire à voix haute

#entrer en résonance

Comptant parmi les thérapies des arts d’expression, cette médiation se caractérise par un faire thérapeutique spécifique : la lecture à voix haute des textes. L’écho de sa propre voix dans la parole de l’auteur induit la participation affective du lecteur, favorise les associations, mobilise la mémoire du corps, entraîne le travail cognitif et inaugure la prise de parole. Expérience de lecture et expérience de vie entrent en résonance.

Nouage du corps et de la pensée

Révéler à travers sa propre voix les qualités sonores d’un texte, c’est donner corps à ce qui en moi restait sans voix et expérimenter mon univers intérieur dans un phrasé inconnu. Ma lecture du texte ranime sa charge émotionnelle qui éveille ma propre émotion, les tonalités affectives et reconnaissances perceptives transportées par les impressions sensorielles des textes. Le nouage originaire du son et du sens est réactualisé, de nouveaux liens se créent entre sensorialité et parole, corps et pensée. 

Pratiques lettrées, pratiques de santé

Eveilleurs de conscience et nourriture affective, activateurs de rêve et de profonds mouvements de la psyché, les fragments d’oeuvre avec lesquels nous travaillons interagissent à travers la lecture à voix haute sur les plans psychique, affectif, cognitif, linguistique, spirituel, corporel, favorisant déblocages émotionnels, renforcement de la fonction symbolique, prise de parole, liberté d’expression. Les textes littéraires agissent sur le plan de l’imaginaire tout en risquant le sujet à l’expérience esthétique qui relève du style spécifique aux auteurs, comme autant de styles de vie possible.

Lettres typo

Une interaction créative avec un médium malléable : le langage

#Transfert et appropriation subjective

L’activité psychique qui consiste à se représenter quelque chose et à s’approprier notre vécu pour être en mesure de le dépasser, a besoin que s’offre à nous une matière sensible, plastique, malléable pour que se transforme, entre autres, l’empreinte malheureuse d’un vécu personnel. En lisant un texte littéraire et en exprimant notre ressenti, nous mettons notre expérience de vie et les souvenirs proches ou lointains que nous en avons en contact direct avec cette matière hospitalière, modelable selon nos besoins, résistante et déformable à souhait : le langage. A travers lui s’opère le transfert de notre vécu en un matériau extérieur à nous mais non entièrement étranger, rendant possibles le processus de symbolisation et l’appropriation subjective de nos expériences.

Un appel à advenir

Faisant acte de lecture, j’empreins ma sensibilité sur les traces d’une présence. La phrase lue instaure du nouveau dans mon être, elle est un appel à une jouissance et un appel à advenir parce que la littérature met son lecteur en contact avec la dimension existentielle et symbolique du langage.

Les vertus de la voie indirecte

Imagé, sensoriel, riche en nuances, le langage littéraire est à la fois le support de la transformation, le matériau même de cette transformation et l’instrument de communication dans lequel le lecteur du texte partage ce qu’il éprouve. La médiation par les textes littéraires est une diction et une écriture de soi par la voie détournée de la fiction, l’expérience et la sensibilité de l’autre.